Tout commence sur une route de campagne...Etienne Virgil, écrivain se sentant sur le déclin, prend en stop une jeune fille: Anne Collodi. jeune fille étrange, un scarabé dans la main, aux questions franches qui semblent aller à l'essentiel...
Un panneau: "Campagne 3,5 km". La voiture s'arrête. La jeune fille descend et disparaît.
En repassant le lendemain, Etienne Virgil découvre que la route n'existe plus... Pourtant, une semaine plus tard, reprenant en stop son étrange passagère, il va la redéposer devant cette même route!
Entre temps, dans la voiture, elle lui a raconté: la rencontre de sa soeur Gabrielle avec un mystérieux jeune homme: Jens. Leur mariage, venant si rapidement. Les invités de la noce, si... "parfait" et en même temps si... "artificiels" et la disparition de Gabrielle, dès le lendemain. Et enfin, cet appel, improbable, de sa soeur, un an plus tard, à venir à son secours en prenant la route de Campagne!
Commence alors une aventure au-delà des frontières de notre planète, dans un monde aseptisé où même respirer est une anormalité. C'est dans ce monde hostile qu'Anne puis Virgil s'engouffrent. C'est dans ce lieu si éloigné de notre planète qu'Anne se découvrira profondément, existentiellement "Terrienne"!
Les histoires de Jean-Claude Mourlevat me laissent rarement indifférents. Ici encore ce roman, dit de "littérature de jeunesse", entraine les lecteurs dans une aventure extrèmement bien structurée, qui invite à la réflexion...
On pourrait ouvrir bien des portes de lecture pour ce roman... Celle d'un excellent divertissement bien entendu, mais d'autres bien plus essentielles à mon avis!
Une réflexion sur notre humanité bien "imparfaite" et méprisable, dans certains côté, mais qui est riche de la liberté fondamentale et constitutrice de nos existences.
Une réflexion aussi sur notre "fragilité", notre besoin du soutien et de l'aide des autres...
Et bien d'autres pistes encore: le mensonge, la souffrance de la disparition d'un être cher, l'acceptation de la différence, la futilité de certains de nos comportements de société...
A la fin du roman Anne écrit dans son journal:
" [...] je suis amoureuse de cette Terre sur laquelle j'ai mes pieds. Je l'aime avec tout ses défauts, toutes ses tares. Je l'aime à cause de ça. J'aime le trop froid et le trop chaud, la pluie, la boue, les embouteillages, les examens ratés, les cartes postales moches, les mensonges, les larmes, les blessures et la mort. J'aime ce qui manque et ce qui dépasse, j'aime le trop et le pas assez. Je veux me brûler aux orties et aux casseroles, ça ne me dérange pas, je veux bien égarer mes clés, avoir mal à la tête, être trompée (pas par Bran), être bousculée. Mais je prends aussi les bonnes choses. Je veux être caressée, je veux manger des banana split, je veux écouter de la bonne musique, recevoir des lettres, voir naître des bébés, faire la sieste, aller à Venise...
Je veux faire entrer de l'air dans mes poumons,
je veux respirer."
