"Caricatures et dérision ne sont souvent que vanité.
Elles sont humiliation et blessure de l'autre - et donc violence sournoise- au nom d'une lucidité autoproclamée que s'octroie l'observateur "éclairé". A la différence de l'ironie qui pointe les lacunes en souriant, la dérision n'est pas une expression de la liberté de parole.Dans le débat et la critique même, on ne doit à aucun moment se départir d'une certaine bienveillance.
On en revient toujours à la fragmentation par les certitudes. Chacun s'agrippe à sa bouée pour détruire les fausses certitudes ou l'erreur, la démonstration est infiniment plus puissante que l'injure qui fait parfois plus mal que les balles.
Détruire l'estime de soi, attenter à la réputation ou porter atteinte au sacré et à la dignité des autres ne fait qu'engendrer de la violence en retour. Tout regarder par le prisme de la dérision, comme cela se développe exponentiellement dans les médias, est une prétentieuse forme d'infantilisme et surtout la marque d'une immaturité en regard des problèmes qui se posent aujourd'hui aux hommes."
(in La convergence des consciences; Pierre Rabhi; Le passeur 2016)
J'ai particulièrement été intéressé par ce texte. Il exprimait, avec la qualité de la prose de Pierre Rabhi, une réflexion que je partage depuis déjà quelques temps et qui ne fait que s’accroître en ces temps électoraux...
Cette réflexion est né des multiples "caricatures et dérisions" que j'entends très régulièrement dans les différents médias sur les chrétiens, l'Eglise... Blessantes, elles ne reflètent souvent que la pensée de celui qui parle, si loin de la réalité de ce que je peux vivre au quotidien, en tant que chrétien et religieux...
Mais c'est aussi, dans ces moments où nous devons réfléchir à l'élection du futur chef d'état de notre pays, un texte qui peut nous aider à prendre du recul sur la manière dont les uns et les autres présentent candidats et partis. J'ai l'impression, d'entendre plus souvent des propos caricaturaux et dérisoires que des démonstrations cohérentes et réfléchies sur ce qui, chez chacun, peut nous paraître pertinent ou, au contraire, éloigné de nos convictions...
Ce qui m'effraie dans ce texte de Pierre Rabhi, c'est sa lucidité. A chacun,, dans l'esprit du mouvement des colibris dont il est le maître d'oeuvre, d'agir, dans son quotidien, et de "faire sa part" pour tenter d'inverser la tendance de la société et revenir à plus de bienveillance et de respect.